Que cache le durcissement de ton de Naïm Kassem ?L’OLJ / Par Scarlett HADDAD,

Le dernier communiqué du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a surpris les milieux politiques par le durcissement de ses positions. Alors que la scène politique attendait la reprise du dialogue direct entre le président Joseph Aoun et le Hezbollah après le report du transfert du dossier des explosifs de Dahr el-Baïdar devant la Cour de justice, Kassem a affirmé qu’aucun désarmement n’était possible avant le retrait israélien du territoire libanais.

C’est parce que la situation dans la région et au Liban reste confuse que la dernière intervention de Naïm Kassem a attiré l’attention des observateurs. D’abord, il ne s’agissait pas d’un discours, mais plutôt d’un communiqué. Ensuite, il n’y avait aucune occasion particulière justifiant sa publication. Ce qui laisse supposer que le secrétaire général du Hezbollah avait un message à transmettre. D’ailleurs, ce qui ressort effectivement de ce communiqué, c’est que le Hezbollah ne renoncera pas à la lutte armée tant que l’occupation israélienne du territoire libanais se poursuivra. Cela peut paraître une simple position de principe qui n’a rien à voir avec la réalité du terrain. Mais dans les circonstances actuelles, le Hezbollah a plutôt voulu dire à tous ceux qui misent sur un processus de désarmement par étapes qu’ils devraient revoir leurs calculs.

De plus, cette position est annoncée au moment où le dossier des explosifs confisqués à Dahr el-Baïdar divise les partis politiques et crée même un clivage important au sein du Conseil des ministres. Certes, dans son communiqué, Kassem n’a pas demandé aux autorités de remettre les explosifs au Hezbollah, comme l’avait réclamé le député Hassan Fadlallah. Mais il a quand même été très ferme sur le refus de remettre les armes à l’État.

Selon des sources proches de la formation, l’affaire des explosifs est l’une des raisons qui ont poussé Kassem à s’exprimer, sans toutefois entrer dans les détails. Le Hezbollah estime, à ce sujet, avoir fait une concession en ne réclamant plus la restitution des explosifs. Mais il veut que le dossier soit pris en charge par le tribunal militaire. Or la menace de l’envoyer devant la Cour de justice continue de planer et, pour lui, il s’agit d’un prélude à sa dissolution. Il a donc haussé le ton pour couper court à cette possibilité.

En même temps, ce communiqué intervient après l’annonce du Hezbollah du lancement d’un nouveau programme d’aide aux déplacés, avec l’arrivée d’une somme importante qui leur est consacrée. Le communiqué coïncide aussi avec l’ouverture du « Salon de la terre », organisé par l’association Jihad al-Binaa (relevant du Hezbollah) au cœur de la banlieue sud de Beyrouth. Ce Salon est un événement économique qui permet aux habitants des régions telles que le Sud et la Békaa de vendre leurs produits. C’est donc au moment où il relance des projets économiques et sociaux que le Hezbollah a choisi de publier ce communiqué. Selon ses milieux, il s’agit d’une réponse aux pressions visant à le priver non seulement de ses armes, mais aussi de toute sa dimension politique, sociale et économique.

Le parti fait également circuler des informations concernant la reconstitution de ses forces militaires. Nul n’est en mesure de confirmer ou d’infirmer ces informations, mais plusieurs figures proches du Hezbollah déclarent dans les médias que celui-ci se prépare pour un nouveau round de guerre. Ces mêmes figures affirment que ce ne sera pas le parti qui le déclenchera, mais bien les Israéliens qui profiteraient d’une nouvelle offensive américaine contre l’Iran pour élargir le champ de leurs attaques au Liban. Il ne s’agira pas alors d’un « front de soutien » à l’Iran, comme s’empressent de le dire certains adversaires du Hezbollah. Ainsi, dans ses cercles internes, le parti déclare qu’il se prépare à un nouveau cycle de violence.

Même s’il ne nie pas le fait que les Iraniens lui aient conseillé de ne pas intervenir à leurs côtés s’ils sont attaqués, le Hezbollah ne pourra pas accepter indéfiniment les attaques israéliennes sans réagir. Il n’est donc pas question, pour lui, de rééditer l’expérience de 2024 dans la zone située au nord du Litani. Certes, on peut lui répondre que le rapport de force n’est pas en sa faveur. Mais le Hezbollah estime pouvoir tenir bon.