La fuite en avant du Hezbollah … Par Scarlett HADDAD

« Ce n’est pas un nouveau 8 octobre 2023, c’est bien pire. » Cette phrase d’un proche du Hezbollah vise à justifier le lancement dimanche soir de six missiles et huit drones vers le nord d’Israël à partir du Liban. Pourtant, quelques heures auparavant, juste après l’officialisation de la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Hezbollah avait publié un communiqué de condoléances qui ne semblait pas sortir des formules habituelles utilisées ces derniers temps. D’ailleurs, il avait lancé l’idée d’un grand rassemblement en solidarité avec l’Iran, devant l’ambassade iranienne à Beyrouth, lundi. Même les proches du Hezbollah interrogés à ce sujet répondaient avec une sorte de tristesse : que pourraient faire les missiles du Hezbollah de plus que ceux envoyés en grand nombre par les Iraniens ? Ces milieux disaient également que Hezbollah ne compte pas donner aux Israéliens le prétexte qu’ils attendent pour l’attaquer plus fort au Liban.

Que s’est-il donc passé pour que, quelques heures plus tard, vers une heure du matin précisément, le Hezbollah décide d’envoyer une volée de missiles et de drones vers le nord d’Israël, provoquant une riposte quasi immédiate ? La réponse n’a pas tardé à venir de la part de nombreux proches du Hezbollah qui ont commencé à expliquer que cheikh Naïm Kassem avait déclaré, dans un de ses discours, que l’assassinat du guide suprême de la République islamique est une ligne rouge pour la formation et celle-ci considère ce développement comme le déclenchement d’une guerre existentielle contre les chiites qui n’auront d’autre choix que celui de se défendre.

Selon des sources proches de cette formation, dès l’annonce de l’assassinat de Ali Khamenei, des tiraillements internes ont commencé à secouer le Hezbollah. Certains ne cachaient pas leur colère à la suite de cet acte, tout en réclamant une action concrète, alors que d’autres appelaient au calme et à ne pas se laisser entraîner dans le piège qui leur était tendu. Toujours selon les mêmes sources, le Hezbollah serait actuellement formé de plusieurs courants, dont un directement lié aux gardiens de la révolution iraniens. Ce serait ce groupe qui aurait pris la décision d’agir en lançant une volée de missiles et de drones sur le nord d’Israël, sans attendre la décision finale du commandement, en suivant la logique qui veut que les Israéliens ne vont de toute façon pas s’arrêter sans frapper fort au Liban. Selon certaines informations, ce groupe aurait même été sollicité par les gardiens de la révolution eux-mêmes, qui auraient décidé de relancer le fameux « axe de la résistance », puisque Ali Khamenei avait menacé, dans l’une de ses dernières déclarations, d’entamer une guerre régionale au cas où l’Iran serait attaqué…

Le commandement du Hezbollah se serait donc retrouvé face à un dilemme : s’il dénonce l’action isolée d’un courant au sein de la formation, il donnerait de lui l’image d’un groupe tiraillé par des conflits internes et donc affaibli. Il a donc préféré, selon les sources précitées, assumer la responsabilité de l’envoi des missiles et des drones sur le nord d’Israël, même si cela devait pousser une bonne partie des Libanais à le critiquer, voire même à vouloir l’isoler sur le plan interne

Selon des sources proches de la formation, le Hezbollah aurait en quelque sorte choisi d’entrer dans une nouvelle confrontation avec les Israéliens, en dépit du déséquilibre dans le rapport des forces, plutôt que de laisser ses dissensions internes s’étaler au grand jour. Surtout que dans un contexte aussi délicat, il ne peut pas ouvertement refuser une demande iranienne… Toutefois, il a conscience d’être dans une situation difficile. Pour échapper à ses propres contradictions, il répète que les Israéliens n’auraient pas eu besoin d’un prétexte pour l’attaquer et que la guerre qui a éclaté dans toute la région ne pouvait pas ne pas avoir des répercussions sur le Liban… C’est un peu la même logique qu’il avait adoptée lors de la décision d’ouvrir un front de soutien au Hamas en octobre 2024. Mais, cette fois, il s’agit plutôt d’une guerre qui déterminera le nouveau visage de la région. C’est pourquoi, selon le Hezbollah, il faudrait se tenir aux côtés de l’Iran pour avoir une chance de survivre. Le parti joue donc gros, cette fois, mais quelle place pour le Liban dans ses enjeux ?